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La voiture d'essai est noire avec un intérieur marron clair, je m'y suis installé avec un empressement non feint. La Tesla fait rêver. Il y a eu d'autres voitures électriques avant elle, et il y en aura d'autres après, mais avec un timing opportun, et une communication habile (bien aidé par des moyens financiers conséquents), la Tesla est la voiture électrique qui fait le plus rêver. Je suis heureux d'être enfin à son
bord, même si ce n'est qu'à la place de passager. Car la voiture est rare. Il n'y a qu'une toute petite poignée de journalistes qui en ont pris le volant, et le constructeur est loin de disposer d'un parc de voitures d'essai. Un ingénieur Tesla est au volant, un ancien de chez Lotus, j'ai roulé avec lui plus d'une heure sur des parcours variés. C'est peu, mais c'est déjà plus qu'aucun autre journaliste français, et Moteur Nature est
le premier média
français à pouvoir
publier un compte rendu d'impressions ressenties à bord d'une Tesla !
Alors que la Tesla est un petit peu française, puisque sa carrosserie est faite de panneaux de fibre de carbone réalisés par Sotira. Ce n'est pas Tesla qui a choisi ce fournisseur pourtant, c'est Lotus, pour qui l'entreprise française produisait déjà des pièces de la carrosserie de l'Elise (mais pas en carbone). Il y a des liens étroits entre l'entreprise californienne
et le constructeur anglais, et c'est ce dernier qui reçoit les panneaux de carrosserie fabriqués en France, et commence la construction des voitures autour d'un chassis de sa conception. Dans le même temps, une usine en Asie fabrique les batteries. Elle envoie sa production en Californie, Lotus fait de même avec des autos roulantes, mais dénuées de groupe propulseur, et c'est dans la petite usine Tesla de San Carlos (au Sud de San Francisco) que les roadsters
prennent vie.
La voiture dans laquelle j'ai roulé pourtant, était anglaise, c'était un prototype. Il avait déjà connu de nombreuses modifications, à commencer par la boite de vitesses. Auparavant équipé d'une boite à 2 rapports, il ne possédait plus qu'une boite à une seule vitesse, mais il restait un petit 2 affiché au tableau de bord pour signifier que nous étions sur le rapport
le plus long, ignorant qu'il était le seul. Actuellement, avec une gestion moteur retravaillée pour offrir une courbe de couple plus adaptée, ce rapport supplémentaire ne fait nullement défaut, mais la Tesla n'est pas parfaite pour autant. Elle a même, pas vraiment un défaut, mais plutôt un handicap, celui de sa base, qui est la Lotus Elise.
C'est un sujet délicat. D'abord parce que la Tesla est bien plus qu'une Lotus Elise convertie à la propulsion électrique. Presque tout est modifié. Mais il reste la suspension avant, avec la partie centrale avant du chassis et le tableau de bord qui sont partagés avec la voiture de sport anglaise. Loin de moi ensuite l'idée de vouloir dire du mal de l'Elise, qui est une voiture formidable, l'une des plus attachantes de toute la production mondiale, de par
sa maniablité sans égale, et sa légereté proverbiale. Mais l'Elise a les défauts de ses qualités. A savoir que sa maniabilité résulte de sa compacité, qui se traduit par une habitabilité des plus réduites. On peut parle d'exiguïté. Il est difficile de s'installer à bord d'une Lotus Elise (surtout pour un petit bonhomme de 100 kg comme moi), il est tout aussi difficile d'en sortir, et il y a vraiment peu
de place à bord.
La Tesla est heureusement moins extreme. Le seuil de porte est un peu plus bas, la portière est un peu plus longue, mais l'assise des sièges reste plus basse que le seuil de la porte. C'est dire qu'une femme en jupe ne peut s'installer à bord sans se donner en spectacle.
Avec les dossiers des sièges qui touchent la paroi moteur (actuellement c'est une paroi batteries), je suis resté tout le temps avec ma sacoche contenant mon ordinateur portable entre les jambes. Je n'ai pas trouvé d'autre endroit où la mettre. Il y a un coffre, il fait toute la largeur de l'auto, on pourrait y mettre un fusil de chasse, mais sa hauteur et sa profondeur sont ridicules.
Ce n'est pas une critique, mais le constat que ce roadster est une auto difficile à envisager comme unique voiture. La Tesla est une stricte 2 places, et on serait bien embêté s'il fallait l'utiliser pour aller acheter de quoi remplir son réfrigérateur. De même, il faudrait un porte-bagages extérieur pour pouvoir partir en week-end avec.
Il y a un net écart entre cette Tesla et des roadsters réellement utilisables au quotidien, comme une BMW Z4 ou un Mercedes SLK, mais je ne doute pas que les clients Tesla aient tous plusieurs voitures. Là cependant, on pourrait rétorquer que ces voitures ne sont pas concurrentes de la Lotus
Elise, et on aurait raison. Mais la Tesla a quelques centimètres de plus en largeur, idem en longueur, et elle fait aussi 400 kg de plus... Par rapport à l'Elise actuelle, qui fait déjà 200 kg de plus que le modèle initial de 1995... Elle serait alors comparable aux roadsters des grands constructeurs, et elle n'échappe à la comparaison que parce que sa motorisation est électrique.
Mais cela ne peut excuser un intérieur pauvre. J'aime beaucoup la zone rouge du compte-tours à 13 500 tr/mn (les modèles de série ont un limiteur à 13 000 tr/mn), mais le tableau de bord ne compte que 2 petits compteurs, et un écran digital plus petit que celui d'un GPS premier prix, c'est insuffisant.
Même revêtu de cuir, l'intérieur de la Tesla n'est pas au niveau de celui d'une Audi TT, qui sait beaucoup mieux flatter son propriétaire. Je me suis fait cette reflexion dans un embouteillage. Le traffic était monstrueux à Monaco le jour de cet essai, en marge du salon Top Marques et d'un tournoi de
tennis, mais il était
amusant de rouler au ras des pâquerettes ! La Tesla est une voiture
très basse, elle offre une vue magnifique sur les parterres de fleurs des trottoirs de Monaco. Mais il y a de belles voitures en principauté, et quand nous avons croisé une Ferrari 612 GT, elle avait tout d'un monstre.
Son propriétaire nous l'a d'ailleurs confirmé en lançant un coup d'accélérateur
rageur. Le bruit du V12 aura résonné dans nos oreilles si sensibles, quand dans la Tesla, le silence est d'or. Et pendant que la Ferrari devait engloutir plus de 30 l/100 km dans cette circulation congestionnée, sur la Tesla à l'arrêt, l'indicateur de consommation instantanée n'indiquait que 2 ampères.


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