Nucléaire : revirement inattendu, mais inapproprié de Mme von der Leyen
Lun 16/03/2026 — L'union européenne a encore tort.
« Alors qu'en 1990, un tiers de l'électricité européenne provenait du nucléaire, aujourd'hui cette part est tombée à environ 15 %. Cette réduction de la part du nucléaire était un choix. Je pense que c'était une erreur stratégique de la part de l'Europe de se détourner d'une source fiable et abordable d'énergie à faibles émissions. » Ces mots sont de Ursula von der Leyen, prononcés lors d'un discours à Paris le 10 mars, et ils sont un revirement complet par rapport au passé. Mme von der Leyen joue t-elle au tarot, et a t-elle tiré de nouvelles cartes ? C'est peu dire que ces paroles ont suscité de nombreuses réactions.La quasi totalité des politiciens français y sont allé pour clamer l'incompétence des instances de Bruxelles, que le nucléaire, c'est formidable, que c'est l'avenir, etc... Pourtant, si l'union européenne a eu tort de programmer le déclin de l'énergie atomique dans le passé, elle a tout aussi tort de dire aujourd'hui qu'elle a eu tort. L'erreur n'était pas dans le choix énergétique, mais dans le timing du changement.
Il faut imaginer un automobiliste qui veut acheter une voiture neuve, et se faire reprendre sa vieille voiture. Le concessionnaire lui dit d'accord, qu'il lui laisse sa vieille auto dès aujourd'hui, et il viendra chercher sa voiture neuve quand elle sera fabriquée, dans 3/4 mois. Ce serait complètement débile, aucun concessionnaire de fait jamais cela. Mais c'est ce qu'ont fait les dirigeants de l'Allemagne. Il suffit de regarder les chiffres pour s'en convaincre. Il y a 10 ans en Allemagne, en 2015 donc, le pays avait produit 549,8 TWh d'électricité. Dans le détail, 285,73 TWh (52,0 %) provenaient d'énergies fossiles (surtout du charbon), 86,77 TWh (15,8 %) provenaient de l'énergie nucléaire, et 177,34 TWh (32,2 %) provenaient d'énergies renouvelables (ce qui était déjà énorme, vu que 10 ans plus tôt, les énergies renouvelables n'avaient produit que 59,91 TWh).
L'année dernière, le mix énergétique allemand avait beaucoup changé. Le nucléaire, c'est fini. Le charbon qui produisait 45 % de l'électricité en 2015, n'en a plus produit que 22 % en 2025. Au total, les énergies fossiles ont produit 156,24 TWh d'électricité en Allemagne, l'année dernière. Quant aux énergies renouvelables, leur production fut de 258,46 TWh. La quantité d'électricité produite par les énergies renouvelables a donc augmenté de 46 % en 10 ans. C'est fabuleux, mais hélas, terriblement insuffisant, puisque la quantité totale d'énergie produite ne fut que de 414,7 TWh. Soit 32 % de moins qu'il y a 10 ans, et c'est une catastrophe, qui a causé une récession industrielle dans le pays. Mme von der Leyen est allemande, elle doit bien le savoir.
Heureusement, tous les européens ne sont pas allemands. Il y en a qui sont plus malins. Par exemple, les belges. En 2015, la production d'électricité en Belgique fut de 65,74 TWh, avec le mix suivant. 29,23 TWh de fossiles (44,5 %) ; 24,83 TWh de nucléaire (37,8 %) et 11,68 TWh de renouvelables (17,8 %). L'année dernière, la production fut de 67,82 TWh, dont 20,62 TWh de fossiles (30,4 %) ; 22,63 TWh de nucléaire (33,4 %) et 24,57 TWh de renouvelables (36,2 %). Les belges ont accru leurs moyens de production renouvelables et à mesure, ils ont réduit leurs productions à partir d'énergies fossiles ou nucléaire.
Les espagnols ont fait de même. En 2015, la production d'électricité en Espagne fut de 251,0 TWh, avec le mix suivant. 100,04 TWh de fossiles (39,9 %) ; 54,64 TWh de nucléaire (21,8 %) et 93,30 TWh de renouvelables (38,4 %). L'année dernière, la production fut de 249,9 TWh, dont 54,56 TWh de fossiles (21,8 %) ; 51,91 TWh de nucléaire (20,8 %) et 143,57 TWh de renouvelables (57,4 %).
Le drame, maintenant est que ce discours, de réduire la part du nucléaire et des énergies fossiles à mesure qu'on augmente les moyens de production renouvelables, ce discours qui est le discours de la raison, du pragmatisme, il n'y a absolument aucun politicien français pour le tenir.
Laurent J. Masson
Rubrique(s) et mot(s)-clé : hors-constructeur ; ecologie