Assis à réfléchir dans la Tesla Cybercab
Lun 26/10/2026 — Un progrès ? Pour qui ?
Il manque quelque chose. Ou me serais-je trompé, serais-je monté à l'arrière ? Non, cette voiture n'a que 2 portes, et la grande vitre devant moi ne peut être autre chose qu'un parebrise. Je suis bien assis à l'avant d'une voiture, et... Il manque plein de choses. Le volant, les pédales, le levier de vitesses, la commande d'allumage des feux, un bouton Start ou un Neiman pour enfoncer une clé... Tout ce qu'il y a, c'est un écran. Et à moins qu'il y ait un petit chinois plié en deux sous le capot, qui regarde la route par les phares, cette voiture est autonome.Je me sens irresponsable. C'était la première chose qu'on m'avait enseignée quand j'ai passé mon permis. Que je dois à tout instant rester maître de mon véhicule. Mais ici, que la voiture roule à 10 ou à 100 km/h, en marche avant ou en marche arrière, je ne contrôle rien. Je me crois bon conducteur. Ma compagnie d'assurances le croit aussi, puisque j'ai 50 % de bonus depuis plus de 3 ans. Mais le fait n'a plus aucune valeur ici. Je suppose que ceux qui achèteront une voiture à conduite autonome n'auront pas besoin de l'assurer, puisqu'ils n'en seront pas les conducteurs. Ou on prendra une assurance voyage, comme on peut en prendre une avant un vol long courrier.
Et dans l'auto, comme la sonnette d'alarme dans un train, il faudrait inclure un bouton d'arrêt d'urgence. Un gros bouton rouge ! Tesla y a actuellement déjà pensé, mais ses choix sont critiquables. Le manuel d'utilisation le précise, pour que le Cybercab s'arrête, il suffit, soit de détacher sa ceinture, soit d'ouvrir une porte. Ce n'est pas idiot, mais c'est désordonné. Il faudrait d'abord commander à l'auto de s'arrêter, et ensuite déboucler sa ceinture, puis ouvrir la porte. On reconnait là la volonté de Tesla de faire des économies en réduisant le nombre d'interrupteurs, ou de commandes uniques. Les réglages du siège par exemple, sont par le biais de l'écran. Autre économie malvenue, il n'y a pas de boite à gants. Cela peut ne pas manquer dans un service d'autopartage, en limitant le risque qu'un passager y oublie quelque chose, mais pour une voiture particulière, il serait pratique de trouver des espaces de rangement dans l'habitacle. Surtout qu'il ne peut même pas y avoir de vide-poches de portières. Leur contenu se renverserait quand on les ouvrirait.
L'ouverture des portes est électrique, et ce ne serait pas un défaut si elles s'ouvraient de manière classique, mais c'en est un parce qu'elles se lèvent vers le haut. Tesla a certes prévu un déverrouillage mécanique, mais il indique bien dans sa notice d'utilisation que sans la force du moteur électrique, il faudra soulever la porte pour l'ouvrir, qu'elle est lourde et qu'elle ne restera pas en position ouverte. Difficile de ne pas voir cela comme un défaut de conception, ce ne sera pas facile en cas d'accident... Même s'il est vrai que l'ouverture vers le haut a permis de faire des portes bien plus longues que normales, pour dégager un accès très large à l'habitacle. Mais avec les normes d'aujourd'hui, elles sont considérablement plus lourdes que celles, toutes légères, d'une Lamborghini Countach, d'il y a 50 ans.
Assis dans l'auto, le siège, qui est une banquette, évoque plus une ancienne qu'une moderne. Cela du fait qu'il n'y a aucun maintien latéral. Pourrait-on ajouter une poignée de maintien au plafond ? Et probablement aussi changer ces sièges, pour qu'ils offrent plus de maintien. On a vu des vidéos où le passager d'un Cybercab travaille sur son ordinateur, pendant que la voiture conduit. Cela peut marcher sur une highway américaine toute droite, mais ce sera difficile sur une départementale française, et plus encore sur une Strada Provinciale italienne qui tourne tout le temps. Sauf bien sûr à rouler très, très lentement... Le coffre enfin est très profond, comme n'importe quelle berline à hayon où on a replié les sièges arrières, mais il s'en distingue par son habillage qui rappelle le bac de la benne d'un pick-up, tout en ABS thermoformé. C'est plutôt une bonne idée, et les formes cubiques faciliteront le chargement, au détriment du volume toutefois. La largeur du coffre étant le point le plus étroit entre les passages de roues.
Pour la recharge, Tesla a fait le choix de l'esthétisme plutôt que de la sécurité, puisque le port de charge est dissimulé à l'extrémité gauche du parechoc arrière. C'est dire qu'il sera facilement abîmé en cas d'accident. Et c'est trop bas, il faut se mettre à genoux pour faire le branchement. Mais il semblerait que cette Tesla Cybercab ait plutôt été optimisée pour une recharge sans fil, par induction, comme certains smartphones ou d'autres petits appareils électriques. Le propriétaire (on n'ose plus dire automobiliste) n'aurait donc pas à s'en soucier, la voiture ira toute seule se recharger.
Et c'est là qu'on peut conclure que la Tesla Cybercab est un formidable exploit technique. Le plus étonnant est peut-être dans la discrétion de ses caméras. La voiture ne possède pas de lidar. Ses yeux sont des caméras, et elles sont remarquablement bien intégrées. Sauf à regarder l'auto de près, on ne les remarque pas. Ensuite, cette voiture est une merveille d'aérodynamisme. Là, il faut regarder les jantes. Habituellement, il y a jante et le pneumatique, et entre les deux, il y a toujours un petit rebord de la jante. Il est ici masqué par une languette souple faite d'une sorte de caoutchouc, et qui donne cet aspect lisse, tout aussi élégant qu'unique.
Il reste enfin que cette voiture n'ayant aucune serrure mécanique, il faudra être identifié électroniquement pour pouvoir s'installer à bord, et entrer une destination, laquelle sera enregistrée. Et si c'est cela le futur, des humains irresponsables dont tous les déplacements seront consignés dans une base de données, cela constitue un immense progrès pour la machine, mais peut-être pas l'homme ?Laurent J. Masson
Rubrique(s) et mot(s)-clé : Tesla ; conduite-autonome