Stellantis veut solder les comptes, mais il se met en danger
Sam 07/02/2026 — Des vautours regardent.
Lors de la conférence EV Day organisée par Stellantis, en juillet 2021, il était annoncé que la marque Opel ne vendrait plus que des électriques à partir de 2028. L'union européenne avait pourtant fixé ce cap en 2035. Pour quelle raison, le constructeur décidait-il de faire du zèle, de devancer l'objectif de 7 années ? Aux Etats-Unis, la marque Chrysler était jadis un fleuron de l'industrie. Stellantis l'a laissé mourir, gelant tous les projets de nouveaux modèles. Les américains aiment les moteurs V8, la production du V8 Hemi avait été arrêté (il a été remis en production). En Europe, les autos avaient des problèmes de fiabilité, airbags Takata, courroies de distribution qui trempent dans l'huile, le constructeur avait tout fait pour les minimiser, et rejeter sa responsabilité.Enfin, il y avait les ventes en chute libre. Par la décision d'augmenter les prix, au prétexte qu'il vaut mieux vendre moins de voitures en réalisant une marge confortable, plutôt que vendre beaucoup d'autos en ne faisant qu'un petit bénéfice, toutes les capacités de l'entreprise, production, développement et réseaux de vente ont été réduites. A MoteurNature, nous nous en étions ému plusieurs fois. Ventes en baisse de 30 %, chiffre d'affaires en baisse de 17 %. C'est aujourd'hui la compétitivité de la société qui est en jeu, et on attendait de la nouvelle direction (Antonio Filosa, illustration ci-dessus), des décisions brutales. On n'aura pas été déçu.
Le groupe a annoncé des charges exceptionnelles pour son année 2025, ce qui est classique pour une nouvelle direction. C'est pour montrer à tous que l'ancienne direction (Carlos Tavares) était mauvaise, alors on charge bien la barque, en pensant à l'avenir, que cela permettra d'afficher des bons résultats de redressement les prochaines années. Mais personne n'aurait pu imaginer que ses charges exceptionnelles seraient du montant plus exceptionnel encore, de 22 milliards d'euros ! C'est quasiment le budget de la Tunisie ! Les résultats financiers de 2025 seront donc négatifs, et Stellantis ne versera pas de dividende à ses pauvres actionnaires en 2026.
Oui, ses pauvres actionnaires, car le cours de l'action qui était de 8,17 € en clotûre jeudi, s'est effondré à 5,73 € vendredi après-midi. Cela alors que l'action Stellantis valait plus de 27 €, au printemps 2024... Et c'est là que c'est très grave. John Elkann, à la tête d'Exor, possède 14,2 % du capital. La famille Peugeot 7,7 %, Bpifrance 6 %. La capitalisation totale n'est plus que de 20 milliards. Elon Musk pourrait faire une OPA sur Stellantis. Il ne le fera pas, mais des chinois le pourraient. Plusieurs en ont les moyens. A un cours aussi faible, les vautours sont de sortie.
Les 3 prochains mois seront extrêmement délicats, parce que si Stellantis a annoncé ces charges exceptionnelles ce vendredi, ce n'est que le 21 mai qu'il présentera son plan de redressement stratégique. C'est dire que l'action est aujourd'hui à son plus bas, et qu'il n'y aura rien pendant 3 mois pour rassurer les investisseurs. S'il y a un mauvais coup à faire, il se fera dans cette période.
Laurent J. Masson
Rubrique(s) et mot(s)-clé : Stellantis ; industrie-production