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Reste que ce n'est pas parce qu'un kit de conversion est sur le marché qu'il est recommandable. Les brésiliens savent bien que les meilleures voitures à l'alcool ne sont pas les essences converties avec un kit de chez trucmuche, mais celles vendues neuves par un grand constructeur. Et pour le français qui envisagerait d'importer un kit brésilien pour le mettre sur sa voiture française, il ne faut pas oublier de considérer que les normes, et les conditions, sont différentes en Amérique du Sud. Les kits brésiliens ne s'occupent pas de corrosion, car toutes les autos vendues au Brésil depuis plus de 30 ans ont des circuits d'alimentation 100 % compatibles avec l'alcool, ce n'est pas le cas en Europe. Moteur Nature possède plusieurs témoignages d'automobilistes qui ont effectué un plein à l'E85, et n'ont eu aucun souci, mais la corrosion est un phénomène lent. On peut faire 5 ou 10 pleins à l'E85, on se dit que tout va bien, et c'est au onzième plein qu'un joint est rongé, et que cela fuit...
Le tour du marché que nous avons effectué en ce début de 2007, ne nous a pas permis de trouver un seul kit de conversion à l'E85 dont nous puissions recommander l'achat. Même en étant partisan à 100 % des biocarburants, ce parti-pris ne peut tout justifier. Nous attendons des kits de conversion prévus, conçus, pour des voitures européennes à la norme anti-pollution EURO-4, et respectant les standards de sécurité européens. On pourra les distinguer à ce qu'ils seront plus sophistiqués que les systèmes Flex-Fuel des voitures neuves vendues au Brésil. Pour elles, l'étalon est le Motronic de Bosch (attention, Motronic est un nom de gamme, il existe des centaines de Motronic différents), il équipe les Peugeot, Volkswagen et General Motors vendues là-bas (shéma sur le site brésilien de Bosch). Ce système fonctionne grâce à la sonde lambda, c'est elle qui détecte la proportion d'alcool dans le carburant, en mesurant la quantité d'oxygène dans les gazs d'échappement (plus il y a d'alcool, plus il y a d'oxygène).
Remarquons aussi que le Flex Fuel de Bosch pour le Brésil inclut un réservoir d'essence. C'est un réservoir d'un demi-litre, il ne sert qu'à fournir quelques vapeurs d'essence pour ces rares matins où il fait frais au Brésil, et garantir un démarrage au quart de tour. Mais il démontre que ces kits, qui ne consistent qu'en un boitier électronique ne valent pas grand chose sous les latitudes françaises. Même avec de l'éthanol coupé avec 15 % d'essence... C'est avec un certain regret que nous constatons l'absence de kits de conversion sérieux. On pourrait penser qu'il faudrait en encourager le développement, avec une filière de professionnels certifiés pour les installer, mais c'est selon nous une voie de garage.
On le voit bien avec l'huile végétale brute (HVB). Il est facile de convertir à l'HVB un diesel d'il y a 10/15 ans, avec une injection indirecte, mais ce ne l'est plus avec les derniers modèles. Et ce sera impossible avec les diesels qui seront à la norme anti-pollution EURO-6. L'époque où un particulier pouvait aller chez un garagiste pour convertir son auto à l'usage d'un autre carburant s'achève. Ce n'est pourtant pas nécessairement un mal. Parce que cette perte en souplesse à modifier, a été plus que compensée par un gain considérable en réduction des émissions polluantes, et par une meilleure exploitation de l'énergie. Une Saab 9-5 2 litres turbo fait 150 ch, et a une consommation moyenne officielle de 9,0 l/100 km. La version E85 de cette auto fait 180 ch, avec une consommation de 11,7 l/100 km.
Si une PME avait développée un kit de conversion, cela aurait donné peut-être 155 ch, avec une consommation supérieure à 12 l/100 km. Quel est l'intérêt ? Encore que la Saab soit un mauvais exemple de facilité de conversion, puisqu'elle a un moteur turbocompressé. Regarder comment font les constructeurs est alors très instructif. Renault s'apprête à commercialiser une Megane E85. Le constructeur a à cette fin, modifié le circuit de carburant, le système d'injection, l'électronique moteur, et aussi l'équipage mobile : pistons, soupapes et sièges de soupapes.
Comme aucun kit de conversion à l'E85 ne propose de changer les pistons, nous pouvons écrire sans risque d'erreur que ces kits sont inférieurs aux critères qualité en vigueur chez Renault.
Et chez Peugeot, alors ? La marque au lion s'apprête elle aussi à commercialiser une auto compatible à l'E85 (la 307, et la Citroën C4 suivra). Nous avons appris que ces autos n'utiliseraient pas un bloc moteur français, comme toutes les 307 vendues en France, mais le moteur des 307 vendues au Brésil, dans une version francisée. Nous en concluons que pour convertir une Peugeot à l'E85, il faut changer le moteur, et en mettre un brésilien... Toutes ces réserves pourtant, n'empêcheront pas des milliers de particuliers de vouloir convertir leur auto, avec des dizaines de garagistes pour leur assurer que l'opération sera sans soucis...
Nous répétons alors que les kits sur le marché, produits par des PME qui sont loin d'avoir les moyens financiers et les ressources techniques des constructeurs, sont très inférieurs aux autos Flex-Fuel développés par les constructeurs. Qu'ensuite ces kits risquent d'invalider la garantie, qu'enfin aux Etats-Unis, pays libéral s'il en est, faire marcher son auto, avec un autre carburant que celui pour lequel elle a été conçue, constitue un délit ! Cette loi n'est cependant quasiment jamais appliquée.
Il ne reste donc plus que l'argument écologique. A savoir que si une voiture consomme de l'énergie, il vaudrait toujours mieux qu'elle consomme une énergie renouvelable plutôt qu'une qui est fossile. L'argument est valable, sauf que que les ressources renouvelables sont rares et chères. Et qu'alors, plutôt que consommer maladroitement du superéthanol dans une auto qui ne saurait pas l'exploiter pour en tirer le meilleur rendement, il serait peut être plus habile de laisser ce privilège à ceux qui sauront en tirer la plus grande efficience, pendant qu'on fera marcher sa voiture essence avec le carburant pour lequel elle a été conçue. Mais ce jugement est susceptible d'être modifié s'il apparait un kit de conversion à l'E85 réellement performant sur un modèle donné.
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