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C'est bizarre, tout le monde me regarde. Ai-je été métamorphosé en vedette de cinéma ? Non, c'est parce que je conduis une Venturi Astrolab. Je suis pourtant à Monaco, un endroit où personne ne se retourne sur une Ferrari, mais l'Astrolab... C'est autre chose. L'auto capte aussi bien le soleil que l'attention. Je n'hésite pas à écrire que ce fut un grand moment, que celui passé au volant de cette auto. D'autant plus grand qu'il n'a pas été partagé. Aucun autre journaliste n'a jamais conduit la Venturi Astrolab. Ceci est un essai exclusif, j'en remercie chaleureusement le constructeur, mais il est plus important de le féliciter pour avoir construit cette auto.
On me demande régulièrement si je pense que les voitures hybrides sont les autos de l'avenir, et je répond toujours par la négative. Parce que lorsque je regarde une Toyota Prius, je vois un réservoir conçu pour stocker un hydrocarbure fossile, et un moteur à combustion dans lequel un dispositif électronique va mettre le feu à cet hydrocarbure. Est-ce cela l'avenir ? Une voiture solaire, ou électro-solaire comme celle-ci, est tout à l'opposé. On peine à trouver quelque chose de plus futuriste, ou tout simplement de plus excitant. Si excitant qu'on lui pardonnera bien des choses.
La difficulté de s'installer à bord, par exemple. La position de conduite centrale est idéale, mais pour la rejoindre, il faut passer par dessus les cellules photovoltaïques du côté. Sans bien sûr marcher dessus. Venturi a trouvé le truc d'une petite plaque de métal, qui se pose par dessus, et qui fait reposer le poids de la personne sur le rebord de la carrosserie, et l'arceau qui ceinture l'ouverture centrale. C'est une solution. On s'asseoit sur cette petite plaque un peu comme sur un tabouret de bar, on lève les jambes bien haut, et on pivote tout le corps pour se glisser à bord. C'est plus difficile de sortir, on a moins de place pour manœuvrer les jambes.
Il faudrait optimiser un peu cela, peut-être avec un siège qui se lèverait de 30 cm, mais à la reflexion, ce n'est pas plus difficile que de monter, pardon, de descendre à bord d'une voiture hyper basse, comme une Lamborghini Miura. Et comme on pardonne tout à une Miura, parce qu'elle est une œuvre d'art, on pardonne à l'Astrolab, parce que si elle est comme elle est, c'est parce qu'elle aime le soleil, et que moi aussi, j'aime le soleil. Une bonne surprise étant qu'ensuite, l'intérieur est spacieux. On est plus serré à bord d'une Formule 1 que dans un cercueil, mais on est très à l'aise dans cette Venturi.
On peut écarter les coudes et les genoux, il n'y a aucun rapport avec une monoplace de compétition. Ce qui fait s'interroger sur le pourquoi des choses, et c'est en fait pour garantir une bonne répartition des masses que le constructeur a choisi cette architecture. Presqu'entièrement faite de carbone, avec des éléments en aluminium pour les faces avant et arrière, la voiture complète, batteries incluses (110 km d'autonomie), pèse moins de 300 kg ! C'est si léger qu'avec un conducteur de 100 kg seul à bord, et dont tout le poids serait d'un seul côté, l'auto pourrait s'en trouver déséquilibrée. Je me suis donc assis au centre, avec la sensation renouvelée qu'il n'y avait là rien de commun avec une voiture de course.
Mes lointains souvenirs de quelques tours en Formule Renault restent où ils sont, je me sentais plutôt comme si j'avais passé ma tête par une lucarne et que je me trouvais sous un toit. La voiture est toute autour de moi, et elle est toute plate. Lisse. Cette sensation est inédite. Elle n'est pas automobile. Un temps pour l'apprécier, et quand j'ai mis le contact, comme sur toute voiture électrique, il ne s'est rien passé. Ni bruit, ni vibration. Rien. Dés le frein à main levé cependant, j'ai retrouvé les sensations d'une auto normale, des sensations très concrètes, puisqu'il n'y a aucune assistance. Pas plus pour la direction que pour le freinage, et cela veut dire que si je les dose mal, je ne pourrais m'en prendre qu'à moi-même.
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